À Niafles, une quinzaine de fidèles occupent toujours l'Église jour et nuit, déterminés à conserver leur messe en latin. Qu'est-ce qui vous oppose à eux ?
Mgr Maillard : Jusqu'au dernier concile Vatican II, de 62 à 65, les chrétiens participaient aux messes en latin, selon le rite de Saint Pie V. Toutes les lectures bibliques et l'homélie étaient en français. Le reste, les chants liés à la liturgie, était en latin. Après le concile, l'Église catholique a voulu que la liturgie soit célébrée dans la langue usuelle du pays. En France, majoritairement, elle l'est en français. Mais une minorité de fidèles, comme à Niafles, n'adhère pas à cette réforme.
Une soixantaine de personnes a assisté à une nouvelle messe « sauvage » à Niafles dimanche. La célébration en latin est le point d'achoppement avec vous ?
Autour de leur prêtre traditionaliste, et durant des décennies, ces catholiques se sont constitués en communauté, pas bien intégrée dans le diocèse de Laval. Après le décès de celui-ci, je les ai invités à prendre leur place dans le diocèse.
En leur proposant une messe traditionaliste le dimanche à Laval ?
Oui. Cette messe, célébrée selon le rite de Saint Pie V, est désormais instaurée chaque dimanche à 10 h 30. Dimanche dernier, 150 fidèles de tout le diocèse, et de Niafles, y ont assisté. C'est pour cela que je n'accepte pas cette situation anormale, qu'est l'occupation d'une église.
Ils disent que vous ne les écoutez pas. Que vous voulez simplement fermer leur église.
Parce que je ne suis pas d'accord avec eux, ils pensent que je ne les ai pas écoutés. J'ai lu courriers et pétitions, organisé une réunion publique, échangé avec les prêtres, les équipes pastorales. Je ne veux pas fermer l'église. Mais j'ai pris ma décision : la messe traditionaliste est célébrée en latin, en l'église des Cordeliers à Laval, le centre du département. Seuls les lectures bibliques et l'homélie sont en français, comme avant le concile. Le prêtre a le dos tourné aux fidèles, selon le rite de Saint Pie V. J'ai conscience que je leur demande un effort. Mais ma mission, comme celle de l'Église, est de rassembler.
Entre eux et vous, c'est donc un point de non-retour. Que va-t-il se passer pour les occupants de l'église ?
En occupant cette église, ce petit groupe de personnes est en dehors de la loi de la République, donc en infraction. Je souhaite qu'ils comprennent mon message. Si ce n'est pas possible, l'expulsion existe, pour rendre l'église à l'usage qui est le sien.
Vous pensez à l'expulsion par les gendarmes ?
En effet. C'est le travail de la République.
Propos recueillis par
V. G.